LA FABRICATION DES HUILES ESSENTIELLES

19 Novembre, 2021

la fabrication des huiles essentielles

Certaines plantes sont connues depuis des siècles pour leurs propriétés médicinales, à l’origine très utilisées en décoction ou par combustion. D’ailleurs, les Égyptiens avaient mis en place un procédé d’extraction avec de l’eau chaude car ils avaient déjà compris qu’extraire ce précieux liquide en facilite l’utilisation.

Ces extraits contiennent donc un mélange concentré de molécules odorantes et médicinales du végétal choisi. Depuis l’Égypte ancienne, les connaissances et les technologies ont nettement évolué et des procédés plus efficaces ont été développés, mais l’extraction des huiles essentielles continue à se faire sur le modèle ancestral, même si le matériel a évolué. Alors aujourd’hui, comment sont extraites les huiles essentielles de leur plante d’origine ? Quelles sont les façons de les obtenir ? Existe-t-il des techniques qui conduisent à des essences plus qualitatives ? À l’inverse, faut-il éviter certaines méthodes ? On vous dit tout !

QU’EST-CE QU’UNE HUILE ESSENTIELLE ?

Le monde des huiles essentielles est très réglementé et il n’existe que quelques procédés admis par la pharmacopée pour donner le nom d’huile essentielle au produit : il s’agit des procédés ancestraux de distillation à la vapeur d’eau et d’expression à froid (pressage) pour les agrumes. Tout autre procédé, comme l’extraction par solvant par exemple, permet l’obtention d’un concentré de molécules volatiles, mais qui ne pourra pas porter la dénomination d’huile essentielle, mais plutôt celle de “concrète” ou “absolue”, composés réservés à la parfumerie.

Depuis les années 2000, Pierre Franchomme a appliqué l’extraction au CO2 supercritique à l’aromathérapie pour obtenir des extraits plus complexes et plus proches de la plante, car ce procédé est moins agressif (la température y est plus faible). Encore une fois ces extraits, bien que réalisés dans le même esprit que les huiles essentielles, sont qualifiés d’extrait CO2 et non d’huile essentielle. Dans cet article nous nous concentrerons donc sur les procédés ancestraux de récolte d’huiles essentielles.

LES DIFFÉRENTES MÉTHODES DE FABRICATION DES HUILES

les procédés de fabrication des huiles essentielles

LES PROCÉDÉS PAR DISTILLATION

Il existe plusieurs procédés de distillation pour obtenir des huiles essentielles. Ceux-ci sont tous basés sur le même principe : la plante est chauffée, en présence d’eau ou non, pour vaporiser les molécules qui sont ensuite recondensées (retour à l’état liquide) dans un refroidisseur. Ces opérations mènent à obtenir des huiles essentielles contenant les mêmes molécules, mais dans des proportions différentes.

L’HYDRODISTILLATION

C’est la méthode ancestrale pour l’extraction des huiles essentielles. La partie de la plante

à extraire (sommités fleuries, rameaux, bois, écorce) est plongée dans un bain d’eau porté à ébullition. La vapeur d’eau entraîne les composés les plus volatils vers le haut, dans un tube qui se prolonge ensuite vers un bain d’eau froide. Le tube serpente dans le bain d’eau froide (serpentin) ce qui permet de récupérer l’huile essentielle sous forme liquide grâce au refroidissement.  Cette méthode permet de récupérer dans un vase de décantation, Florentin ou essencier, l’huile essentielle, mais aussi une phase aqueuse : l’hydrolat (appelé également eau florale). L’huile essentielle et la phase aqueuse ne se mélangeant pas, les deux liquides peuvent ainsi être séparés. Pour effectuer cette opération, la quantité d’eau nécessaire varie entre 2 et 6 fois le poids de végétal. L’huile essentielle est ainsi obtenue après 1 à environ 12h d’extraction suivant la plante utilisée.

Cette méthode n’est pas la plus douce, car le contact direct avec l’eau entraîne des modifications non négligeables de la composition de l’essence originelle. Ainsi, le procédé d’extraction par entraînement à la vapeur, plus doux pour les molécules, a été mis en place afin de mieux respecter la plante.

L’ENTRAÎNEMENT À LA VAPEUR

Pour ce procédé, la vapeur d’eau est utilisée comme moyen de transport des molécules aromatiques volatiles. Ainsi, la plante n’est pas en contact direct avec l’eau, ce qui préserve les molécules.

La vapeur à 100°C permet d’extraire des molécules, dont les températures d’ébullition varient entre 160 et 300°C sans les dégrader. La vapeur d’eau chargée des molécules aromatiques est recueillie dans des refroidisseurs qui, comme pour l’hydrodistillation, les recondensent. Ce procédé a tendance à être plus long que l’hydrodistillation, car il y a moins de contact entre la vapeur et la plante que lorsque celle-ci est directement plongée dans un bain d’eau, mais produit des huiles essentielles plus proches de l’origine. Cependant, le contact avec la vapeur d’eau n’est pas totalement neutre, en raison de la vive température et du contact avec des molécules d’eau qui favorise la dégradation de certains composés aromatiques. Ainsi, pour éviter cela, il existe aussi un procédé à sec qui n’utilise aucun solvant, c’est la distillation sèche.

LA DISTILLATION SÈCHE

La distillation sèche est utilisée pour la séparation de liquides contenus dans des matériaux solides. Pour les huiles essentielles, cela consiste à chauffer modérément les plantes ou parties de plantes sans ajout d’eau ni de solvant, puis comme pour les méthodes précédentes, à condenser les substances volatiles par refroidissement. Ce procédé a l’avantage de se dérouler à une température inférieure à 100°C, ce qui évite la dénaturation de certaines molécules sensibles à la température. Cette façon de faire est privilégiée pour l’extraction d’huile essentielle issues de végétaux fragiles tels que les pétales de rose, ou le bois de cade. Cette technique aboutit cependant à des rendements extrêmement faibles en huile essentielle et peut produire des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), ces molécules indésirables issues de la combustion incomplète de matières organiques. Les HAP étant toxiques, cancérigènes et mutagènes (entraînant des mutations de l’ADN), ces huiles sont peu utilisables en cosmétique.

LES PROCÉDÉS D’EXPRESSION À FROID

Cette technique est réservée à l’extraction d’essence d’agrumes qui est contenue dans les petites poches présentent sur la surface de la peau des agrumes. Ce liquide est en réalité l’essence du fruit que l’on qualifie un peu abusivement d’huile essentielle. Concrètement, l’extraction de ces huiles essentielles est possible par pressage des zestes. Mais de cette façon, la difficulté est de séparer l’essence du résidu de peau avec un rendement acceptable. Tout l’enjeu a été de réaliser des machines permettant d’optimiser ces rendements d’extraction. Quand cela est pertinent (orange, citron, mandarine, pamplemousse…), le jus des fruits est également récupéré, avant, après ou en même temps que l’extraction de l’essence. L’avantage de ce procédé, c’est qu’il préserve toutes les qualités de la plante d’origine, car il se réalise à température ambiante, sans apport d’eau, ni d’aucun solvant. L’essence ainsi produite est donc parfaitement identique à ce qui est produit par le fruit.

Les huiles essentielles d’agrumes sont photosensibilisantes et ne doivent pas être déposées sur la peau avant une exposition au soleil. Cependant, il existe des essences d’agrumes non photosensibilisantes auxquelles les furocoumarines ont été retirées.

PROCÉDÉ D’ÉLIMINATION DES FUROCOUMARINES

Les furocoumarines sont des molécules responsables de la photosensibilité des essences d’agrumes, c’est pourquoi il est intéressant de se séparer de ses composants. Pour ce faire, le procédé le plus répandu est l’entraînement à la vapeur. Les furocoumarines sont des molécules peu volatiles donc difficilement entraînées par la vapeur. Ainsi, on récupère une huile essentielle dans le vase florentin dépourvu des molécules indésirables qui sont restées au point de départ. Le mélange ainsi obtenu est donc réellement une huile essentielle et non plus une essence. Des transformations ont eu lieu par rapport à la composition originelle (principalement au niveau des proportions). Au niveau de l’aspect extérieur, une huile sans furocoumarines sera pâle, voire incolore et parfaitement limpide, tandis qu’une essence obtenue par expression à froid aura tendance à être foncée et à éventuellement se troubler avec le temps.

Ainsi, lors de l’achat d’une huile essentielle quelle qu’elle soit, il est important de vérifier le mode d’extraction qui est gage de qualité. Si un autre mode d’extraction que la distillation ou l’expression à froid est indiqué, sachez que l’extrait ne « mérite » pas son appellation. Il ne sera pas nécessairement moins bien, mais pas forcément adapté à l’usage que vous souhaitiez en faire. Cela pourrait s’avérer finalement dangereux. Prudence et vigilance sont de rigueur, comme toujours.